Poèmes


Panthère

Panthère adorable aux griffes contenues
Tu rôdes, myrtille
Auprès de ta proie nue

Dans ta bouche fauve
Résonnent mille tendresses
Et des mélodies anciennes 

Tes pattes de velours 
Murmurent des gestes inouïs 
Sans histoire et sans bruit 

Et dans l’aube tu t’étires
Sous la lumière du jour
Qui te sourit 

Archers noirs

Ils ont tiré des flèches empoisonnées
Du haut de leur tour minuscule
Ils étaient cent, ils étaient mille
À me trancher la peau
À cavaler sur mon cadavre
Brandissant leur arc amer.
Une armée immense de bourreaux
Serrant les rênes de leurs chevaux de bataille.

Le dos rond, sous les voûtes,
J’attends qu’ils se lassent et m’oublient

Demain, une traînée de cendres
Constellera mon lit

Épidermes

Sa peau est ma peau
Filée sur le rouet rouillé
À la pointe aiguë
Où le doigt saigne
Sous la manivelle infinie
D’un vieillard frénétique

Sa peau est ma peau
Luxueuse étoffe recouvrant
Nos blessures partagées
Où se mêlent mille tissus,
Fils d’or et lin soyeux,
Sur le métier immémorial

Sa peau est ma peau
Nos écorchures corsées
Cicatrisent sous le même soleil
Clémentine pelée en ruban
Disposée sur la table
Après un repas de fête

Sa peau est ma peau
Enveloppe froissée
Où l’on glisse nos mots
Nos peaux vieilliront
Des mêmes rides sur nos fronts
Audacieux

Les montagnes mauves

Sur les chemins menant aux montagnes mauves
Nos mains neigeuses cueilleront les premières baies
Nourrissant nos fringales de marcheurs endormis

Jambes tressées de liens invisibles nous monterons
Légers, portés par le souffle de la vallée

Nos pas répondront aux murmures des marmottes
Confiant leurs secrets au creux des mélèzes.

Sieste au sommet sur un matelas d’herbes denses
Les cimes seront notre maison silencieuse

Et quand la lumière d’or tapissera nos yeux
Nous descendrons emplis de couleurs inouïes
Sous le regard immobile des montagnes mauves

Autoportrait

Créature sans nom
Agrégat d’atomes incongrus
Chant d’une étoile naissante
Dernier souffle de la dernière cellule
Baleine immense du fond des océans
Moineau messianique
Flocon piteux
Flamme puissante
Glaise informe
Vent impétueux
Roche au goût de chlorophylle
Oreille de cactus
Pelage de lynx
Onde vibrant au son de la Grande Harpe
Encre délébile sur le parchemin sans fin
Grain de sable emporté par la houle
Poème de mots coagulés
Sans queue
Ni tête

Départ

Traduction du portugais d'un poème de Larissa Esperança da Silva

Jouons dans nos flaques
Sur la corde raide de nos
Cicatrices

Je n’ai pas peur de mourir dans ta bouche
Chanter des douleurs jusqu’à l’aube
Au milieu du silence des chaudes caresses

Ou bien
Danser sur le lit
Ou sur nos cendres

Volons et revenons
Nous poser sur la terre qu’offrent nos mains
L’une pour l’autre
Volons et allégeons-nous de nos peines emplumées
Revenons et pleurons tous les poèmes que réclame le coeur

Embrasse mes yeux mouillés
Pendant que je respire tes cheveux avant
Le prochain départ

Tant qu’il nous reste un corps
Tant que nous pouvons jouer avec la vie, amour

Haïkus

Du balcon s'échappent
Quelques notes d'une valse -
L'oreille frétille


Projecteur braqué
Sur la scène désertée
Belle et ronde lune


Volutes de thé
S'envolant vers le printemps
Les pensées renaissent


Sous l'aimable lune
Deux silhouettes se lient
Silence et tendresse


Quand le temps s'étale
Vert pomme ou grenat, chaque heure
Déploie sa couleur


Le vent s'engouffre et
Me murmure à l'oreille un
Poème sans mot

Courgette gironde
En lamelles découpées -
Le ventre impatient


Flot d'images sous
Les paupières mauves du
Poète endormi


Douce lassitude
Récitant sa leçon triste -
Le papillon baille


Un cœur accroché
Au plafond des souvenirs
Quelques gouttes tombent


Le long d'un sentier
Des myrtilles murmurées
Fomentent l'été


Quelques pas légers
Portés par le souffle de
La rue frémissante

Le stylo creusait
Suturant les points d'une
Cicatrice fraîche


Oiseau de nuage
Planant sur des vagues noires -
Hasardeux présage


Timide luciole

Éclairant du bout des lèvres

Le tunnel des jours


Sourire de peau
A travers le doux réconfort
D'un soleil de mai


Couette froissée
Angoisse et ressasse des
Rêves agités


Arbre silencieux
Sous la voûte de nuages -
Il écoute les anges

Trois notes résonnent
Au creux d'un cœur attentif -
Le concert commence


Les contours tracés
D'une intarissable nuit -
Le sommeil se lève


Un long doigt fébrile
Parcourt avec impatience
La page cornée